Julie - Eliot - Maman de Coralie - Collègue - Personnel - Mary
Ce ne fut qu'à la fin de la journée que j'ai pue réellement souffler. Et encore, pas complètement. Aujourd'hui a été assez éprouvant pour moi. De nouvelles têtes. Des visites. Encore et toujours. Des urgences. Plus ou moins grave. Disons que j'ai beaucoup couru. D'un étage à l'autre. Car notre service se tient sur deux niveaux. On ne s'en rend pas vraiment compte, mais beaucoup de victimes sont des enfants. Voyez par vous-même, en Allemagne, un enfant sur cinq-cents est touché. Et entre nous, c'est vraiment énorme, sachant que nous ne sommes environ que deux infirmières pour vingt enfants. Il manque de personnel. Surtout dans notre spécialité.
Durant toute la soirée, je n'ai fait que repenser à cette journée assez riche en émotions. Me dire que chaque jour je vois de nouveaux visages mais que, malheureusement, je ne reverrais pas, m'enfonce d'avantage le c½ur. J'ai beaucoup de peine pour tous ces parents qui voient leur enfant combattre la maladie mais qui savent pourtant qu'un jour ou l'autre, la mort aura raison d'eux. J'ai toujours voulu aider les gens, d'une manière ou d'une autre. Et chaque nuit, je pense toujours aux nombres de vies qui disparaissent.Et chaque matin, je pars poursuivre cette vocation. Aider les autres. Vouloir les maintenir en vie le plus longtemps possible.
Ce matin du 15 juillet, j'arrivais aux vestiaires à 4h49. Nous ne sommes que Deux. La troisième étant en congé maternité. Il nous reste à peu près 2o minutes avant de commencer. D'un commun accord, nous nous dirigeons vers la machine à café située non loin de l'accueil de notre service. 4h53. Nous nous asseyons, notre café à la main.
- Dis tu prends des vacances avant la rentrée ?
- Oui, la dernière semaine d'août, je voudrais profiter du soleil au moins une fois.
- Ça marche, il faudra s'organiser, j'aimerai en prendre aussi
- Oui t'inquiètes pas, dis tu trouves pas que Eliot s'accroche un peu trop ?
- Comment ça ?
- I l ne réclame que toi, Julie.
- Oh, beh je ne sais pas, c'est vrai que j'ai quelques liens d'affection avec lui.
- Oh, tu sais que ce n'est pas conseillé ..
- Oui je le sais, mais il y a des choses qu'on ne peut contrôler, je crois.
- Je comprends..
- Ce n'est pas ce que tu sembles penser ..
- Tu sais, je me suis attachée comme toi. Ça m'est arrivée une fois, avec une petite fille.
Elle est morte 3 semaines après. Je suis restée 3 semaines chez moi, cloitrée. Je n'avais plus la force de rien. Alors oui je te comprends mais .. Fais attention à toi, la douleur est béante, beaucoup plus que l'on ne le croît.
- Merci , j'y penserai..Je souffle sur le liquide noir qui remplit mon verre. 4h59. Il faut que je passe voir Eliot aussi. Je souris en repensant à lui. D'un rictus assez triste. Je ne pourrais plus lui rendre visite aussi fréquemment lorsqu'il sera enfermé dans cette cellule d'isolement. Mais c'est pour son bien. Ça fait mal au c½ur, mais nous devons continuer. 5h05. Une sonnerie se fait entendre. L'alarme d'urgence. Je regarde avec affolement l'hôtesse. Elle m'indique la chambre 245. Je tourne la tête vers ma collègue et nous nous y dirigeons avec précipitation. Lorsque nous entrons dans la pièce, la panique me prit mais je me ressaisis quasi-immédiatement.
- Madame, sortez de la chambre !!
- SORTEZ ! M'exclamais je sur un ton plus secSa mère criait de douleur face à la scène qui s'offrait à elle. Elle nous regardait à travers la fenêtre.
Coralie convulsait. J'hurlais des ordres. Appelais un médecin. Essayant de maintenir la petite. Je vis un liquide blanchâtre couler de sa bouche. Le docteur arriva quelques secondes plus tard. Il brancha plusieurs appareils et fit une intubation. L'agitation se faisait ressentir. Tous, plus ou moins affolés. 5h08. Le c½ur de la petite battait à plein, beaucoup trop même. Je me mords la lèvre inférieure. J'avais toujours peur. Puis sans s'y attendre, plus rien. Le médecin souffla. Un bip incessant recouvrait le silence de la pièce. Je baisse mes yeux et lâcha le corps, laissant pendre mes bras le long de mon corps. Je tremblais. C'était toujours dur. Je relevai la tête vers le praticien.
- Heure du décès, 5h09. Dit-il.C'était fini. Petit à petit, nous sortons tous de la chambre. Évidemment, c'est aux infirmières de se charger du « sale boulot ». C'est toujours éprouvant d'annoncer aux parents la mort de leur enfant. Savoir surmonter ça, fait aussi partie de notre travail.
Je m'avance d'un pas lent vers la mère de Coralie, elle a compris bien sûre.
Ses mains sont recroquevillées vers sa bouche, elle ne dit rien. Les larmes coulent de ses yeux, enflammés. Elle est en plein détresse, désarmée. Le bijou qui allumait sa vie n'est plus de ce monde.
- Nous sommes désolé ...
- Dites le moi, s'il vous plait, DITES LE.
- Coralie est décédée. Nous sommes désolé.Elle fond en larme face à ces paroles. Je m'efforce de la prendre au creux de mes bras. Elle tremble. Ses yeux sont éteints, comme vidé de tout âmes, les larmes ne cessent de couler. Ses lèvres tremblent et virent au bleu, elle veut me dire quelque chose, mais aucun son ne sort. Sa gorge est sèche, le néant se remplit d'elle. Elle ferme les yeux de douleur, contracte ses poignées de toute la force qu'il lui reste. C'est à dire pas grand chose, non, il ne lui reste pas grand chose. Je la serre un peu plus fort, pour lui montrer qu'elle n'est pas seule non, nous sommes là aussi pour eux, les parents. Car après tout, il font partis du lot. Ses yeux se rouvrent, obnubilée par sa fille. Elle s'avance vers la porte de sa chambre. Elle me regarde, me suppliant avec son regard de rentrer. Je lui fis un oui de la tête et la suit, quelques pas nous sépare. Je reste dans l'encadrement de la porte.
Elle ne dit plus rien face à la scène qu'elle découvre. Coralie morte devant elle. Son regard est vide, son sourire s'est éteint, ses questions ne se font plus entendre. Ses bras sont allongés le long de son corps. Nous avions pris soin de placer son petit canard jaune en plastique près d'elle, sous demande de Coralie.
Sa mère hésite devant le lit, elle serre les barreaux de celui ci autant qu'elle le peut, ses mains virant au rouge. Elle se contient, ferme les yeux et avale sèchement sa salive. Elle ne respire plus. Son teint est blanchâtre, elle est prête à s'effondrer d'une minute à l'autre. mais on le sait qu'elle va tenir, c'est une Maman. Et une Maman est forte, n'est-ce pas ?
Elle s'approche et lui prend délicatement sa petite main, digne d'une enfant de 5 ans. Elle l'a regarde longuement, cherchant à comprendre pourquoi, pourquoi Coralie, pourquoi elle. Elle approche la main de sa fille vers son visage, ferme les yeux. Elle se caresse tendrement le visage avec une main de poupée. Les larmes coulent toujours. Elle essaye, mais n'y arrive pas. Au bout de quelques secondes elle se décide enfin.
- Je suis désolée, je suis désolée Coralie. Je .. Je t'aime mon ange.
Elle craque, prise d'effet de panique. Ses cris retentissent à travers la pièce. Elle s'accroche fermement à sa fille, lui empoignant le bras. Elle ne veut céder à l'idée que sa fille soit morte.
Je m'approche d'elle, et lui demande de partir.
- Il faut partir madame, laissez là s'envoler.
- Non, non, non je ne la lâcherai PAS.
- Je vous laisse encore quelques minutes, je reviendrai.Je pars, accablée par cette scène. Je ferme les yeux un instant et chasse tout mauvais esprits hors de moi. Je serre les poings et m'avance vers la salle de repos. Un café, oui un café, tout de suite.
Je lance la machine à café et me vautre dans le fauteuil. Je ferme les yeux passant mes mains sur mon visage. Ma peau s'étire et je redouble de frisson à travers le dos. Je déteste les moments comme celui là.
Je prends mon café et l'avale d'une traite, ici pas le temps de s'accabler. On bouge, on stresse, on voit des gens mourir, on s'active, on pleur et surtout on boit du café.
Sans caféine, tu vas pas loin. Les premiers jours tu vas jusqu'aux toilettes, vomir ce que t'as encaissé. Petit à petit, tes aller retour aux chiottes se font plus discret et beaucoup moins fréquents. Je suis au stade je garde tout au fond de moi. En gros le pire, enfin il paraît.
14h00. Je me dirige vers la chambre d'Eliot avant de prendre ma pause. Nous avons une heure de pause, pour manger et nous reposer le temps de reprendre quelques forces. Aujourd'hui il redouble de sourire face à ma vue. Ses yeux pétillent. Je remarque presque instinctivement qu'il a logé mes photos sur sa table de chevet de manière à les avoir à côté de lui. Il me sourit et retourne à la contemplation de l'extérieur.
- Aujourd'hui, on va dehors, prends ta veste.Je ne peux plus résister, je lui devait bien ça. Il avait interdiction de sortir jusqu'à sa mort. Depuis quand on prive les dernières volonté d'un gamin ? Dans exactement 9 jours, il est en cellule d'isolement, je veux et j'irais, un point c'est tout.
- C'est vrai ?
- Dépêche toi avant que je ne change d'avis.Il pris sa veste et l'enfila, tel un enfant émerveillé. Je pris le fauteuil roulant qui trainait dans le couloir et installa Eliot à l'intérieur. Je pris la couverture de son lit et lui déposa sur ses genou. Il ne disait plus rien. A travers ses pensées je le voyait sourire, je le voyais heureux. Oui il était heureux mon petit Eliot, grâce à moi.
- Parc, jardin, cour ?
- Parc et jardin.
- En plus Monsieur est exigeant !
- Exigeant ?
- Que tu demandes plus que ce que tu devrais avoir.
- Oh zut, je suis désolé.
- C'est okay.Nous traversons le couloir du service et arrive à l'ascenseur. Je pris soin de prendre celui réservé aux visiteurs, pour ne pas éveiller de soupçons. Les portes s'ouvrent et nous descendîmes au niveau 0. Le grand hall est silencieux, peu de monde y est logé. Les portes coulissantes s'ouvrent. Les yeux d'Eliot se remplissent.
Il prend une grande bouffée d'air, comme s'il venait de naitre. Une seule larme coule, de son ½il gauche. Il sourit, d'un sourire .. magique.
Il me pose mille et une* questions sur les fleurs, les arbres, les oiseaux aussi, autant vous le dire tout de suite. J'invente. J'invente à chacune de mes paroles une histoire, pour son plus grand bonheur.
- Attend. m'interpella-t-il. Je m'arrête. Nous étions entrain de contempler les arbustes lorsqu'il se mit à fixer une personne. Une petite fille était assise sur l'un des bancs du parc. Je souris. Il me demande si on pouvait la rejoindre. Si cela lui fait plaisir. Je fis rouler le fauteuil jusqu'à la petite. Cette dernière releva la tête lorsque nos ombres lui cachèrent la majeure partie de son visage.
- E... Eliot ?
- Mary ! dit-il le sourire au visage. Ça fait longtemps que je t'ai pas vu.
- Je sais. Maman elle veut moins que je viens ici.Sa moue était craquante. Ça ce voyait qu'elle avait de la peine de ne plus venir aussi régulièrement qu'avant. Voir son frère, qui plus est, jumeaux, était vitale pour elle. Mais celui-ci était au stade final de son cancer des poumons, il est O négatif. C'est à dire, très rare. C'est pourquoi la mère de Mary espace les visites, afin que celle ci << s'habitue >> à l'absence de son frère. Mais ce lien est beaucoup trop fort. Rien ne pourrait les séparer... à par la mort.
- Eliot, mon chéri, il faudrait que l'on remonte.
Le petit acquiesça d'un hochement de tête. Il proposa à son amie de monter avec nous. Bien entendu j'acceptai. Après tout, une compagnie telle que la leur ne pourrait en aucun cas leur faire du mal. Tout en remontant, Mary nous racontait un peu sa vie. Les problèmes qu'elle ne rencontrait et ne rencontrera jamais. La vie d'un enfant non atteint d'une maladie est totalement différente de celle d'un enfant atteint. Pas de médicaments. Pas de chambres spéciales. Rien de tout ça. Ça ne veux pas forcément dire que l'un est plus heureux que l'autre, non, mais ce n'est tout simplement pas le même mode de vie.
Arrivé dans la chambre d'Eliot, je le prend dans mes bras et le fit asseoir sur son lit. Cette petite balade dehors lui a été bénéfique. Cela lui a vraiment revigoré l'esprit !
- Dis Mary, comment c'est beau dehors de l'hôpital ? Demanda le petit ange.
- Bah c'est tout plein de bruits. Y'a des oiseaux, des fleurs, des voitures.____________
Une infirmière pour 1o enfants.
En Allemagne , entre 1980 et 2003, 37 enfants de moins de cinq ans vivant dans le voisinage des réacteurs ont été atteints de leucémie ; dans les régions éloignées, la moyenne statistique est de 17 cas. Les auteurs de l'étude en concluent que 20 enfants supplémentaires ont été atteints en l'espace de 23 ans, parce qu'ils vivaient près des centrales nucléaires.
Tumeurs du système nerveux central : Ces tumeurs, qui touchent le cerveau et la moelle épinière, sont la deuxième forme de cancer la plus courante dans les pays développés. Elles sont moins diagnostiquées dans les pays en développement, faute de techniques avancées. ____________
Et voilà le deuxième chapitre.
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Amicalement Lilou&Liloo.