Prologue._________________________Le souvenir du bonheur n'est plus du bonheur ; le souvenir de la douleur est de la douleur encore. George Gordon.

Prologue._________________________Le souvenir du bonheur n'est plus du bonheur ; le souvenir de la douleur est de la douleur encore. George Gordon.



« La douleur peut se manifester sous différente forme. Ça peut être un petit pincement, une légère irritation, une douleur que l'on supporte tout les jours. & il y a le genre de douleur qu'on ne peut pas ignorer. Une douleur si grande qu'elle bloque tout le reste, et fait disparaitre le reste du monde jusqu'à ce que la seule chose à laquelle on pense, c'est à quel point on souffre. La douleur, on l'anesthésie, on la surmonte, on l'ignore, & pour certains d'entre nous, la meilleure façon de gérer la douleur c'est de foncer tête baissée. La douleur, vous devez arriver à la surmonter, espérer qu'elle disparaisse d'elle même, espérer que la blessure qui l'a causé se referme. Il n'y a pas de solutions, pas de remèdes miracles. Vous devez respirer à fond et attendre qu'elle s'estompe. La plupart du temps, on peut gérer la douleur. Mais parfois la douleur s'abat sur vous. Elle vous attaque en traitre, et ne vous lâche pas. Vous devez juste continuer à vous battre, parce que de toute façon, vous ne pouvez pas l'éviter. »



L
a douleur s'abat sur eux chaque instant qui leur reste.
J'apprends beaucoup ici, j'apprends à contrôler la douleur. Ils sont forts, angéliques, touchants, troublants, mais ils sont forts. Car pour eux, la douleur sera le mot définissant la totalité de leur maigre vie. Tu pourra toujours te tordre de rire après ce que tu vas lire, mais pense aux anges poussières, juste une fois.



________________________________



Nous sommes deux à écrire.
Lilou&Liloo.
Merci de nous faire partager votre avis.
Quelques commentaires sont exigés pour la suite =)

# Posté le mardi 28 avril 2009 10:20

Modifié le mardi 28 avril 2009 16:33

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# Posté le mardi 28 avril 2009 10:42

Modifié le mardi 28 avril 2009 12:38

Chapitre 1_______________________ << Il y a une chose plus triste à perdre que la vie, c'est la raison de vivre, plus triste que de perdre ses biens, c'est de perdre son espérance. >>Paul Claudel

Chapitre 1_______________________ << Il y a une chose plus triste à perdre que la vie, c'est la raison de vivre, plus triste que de perdre ses biens, c'est de perdre son espérance. >>Paul Claudel
Julie - Coralie - Eliot - Personnel




2o1o.




Infirmière. Mon rêve est d'être infirmière. Il ne me reste plus qu'un an, et ce métier m'ouvre enfin ses bras. Voir les sourires de ces gens que nous réussissons à sauver est un vrai bonheur. Se dire que nous les aidons, malgré la douleur, est vraiment une source de plaisir. Mais certaines fois, tout n'est pas aussi rose. Mon stage s'effectue dans l'un des pires services qu'ils puissent exister. L'oncologie pédiatrique. C'est ici que la difficulté nous déchire le c½ur. De les voir souffrir autant peut nous affaiblir. Mais en tant qu'infirmière, nous nous devons de nous contrôler. Il nous est recommandé de ne pas nous attacher à ces petits êtres. Et c'est d'autant plus dur de voir des enfants endurer leur maladie tout en sachant qu'ils resteront ici jusqu'à ne plus être, nous nous disons que c'est injuste. Ils ont tellement à découvrir.

- Mademoiselle Julie.
- Oui ? Répondis-je à mon chef.
- Peux-tu aller t'occuper de la chambre 245, s'il te plaît.
- Bien sûr.
- N'oublie pas ton chariot.


J'hochai la tête en signe d'approbation. Je pris ensuite le chariot qui résidait dans un coin du couloir puis emprunta l'ascenseur me menant à l'étage correspondant. 241...243 ...245. La voilà. Le patient était arrivé la veille. Victime de la leucémie. Pauvre enfant. Avoir le cancer des cellules de la moelle osseuse est sans doute l'une des pires maladies qu'il puisse y avoir. Je lui fis un sourire, auquel il me répondit maladroitement. Je me présentais. Lui indiquant aussi ce que j'allais lui faire. Il secoua la tête, me faisant apparemment confiance. Je changeai sa perfusion. Injecta les antibiotiques quotidiens. Regarda si tout fonctionnait correctement tout en lui parlant. Petit à petit, il prit enfin la parole, me racontant sa vie. Pour un petit bout de chou d'à peine six ans, il faut dire qu'il parlait vraiment bien. Je restai là à l'écouter, n'osant pas l'interrompre. Il était heureux de parler, même si j'étais totalement consciente que sa maladie le tiraillait vraiment. Je risquai un regard sur ma montre. Il était temps que j'y aille. Je lui promis de repasser le lendemain puis sortis de sa chambre. Je soupirai. C'était dur de les voir comme ça. Mais ils sont forts. Très forts même. Supporter une telle maladie est très courageux. Je redescendis aux vestiaires, déposant chariot et tous les ustensiles que j'avais utilisé aujourd'hui. Je me changeai rapidement, troquant ma blouse contre mon gilet. Après avoir dit au revoir à mes collègues, je remontai au troisième étage. J'avais juré à mon petit ange de passer lui faire un petit coucou. Chambre 313. Je toquai rapidement et entre sans attendre de réponse. En me voyant, le visage du petit monstre s'éclaira en un instant.

- J'ai eu peur Julie.
- De ? Dis-je en lui baisant le front.
- que tu viens pas.
- Que tu ne viennes pas, Eliot. On dit, « que tu ne viennes pas ».
- Bah voui, mais j'ai eu peur que tu viens pas. Dit-il avec une moue craquante.


Je rigolai légèrement et lui caressa la joue. Il est mignon. Dès le premier regard je m'étais attaché à ce petit bout d'homme. Je savais éperdument qu'il ne fallait pas. Mais je n'ai pu m'en empêcher. Je lui racontai ma journée. C'était une sorte de rituel entre nous. Me dire que dans quelques jours une cellule d'isolement aller être sa chambre me brise littéralement. Je ne pouvais me faire à l'idée qu'il puisse mourir, ici.

- Aujourd'hui, j'ai vu la pluie. Ça fais quoi la pluie ?
- Ça mouille, c'est pas très agréable.
- Oh, j'aimerai bien quand même.
- Tu aimerais quoi ?
- Je sais pas comment on dit. Toucher ?
- Oui ou sentir.
- Ça à une odeur ?
- Non mais on peut sentir quelque chose.
- Je comprends pas.
- Regarde.


Je lui attrape la main d'un geste doux et attentif.

- Tu sens là ?
- Un peu.
- Tu vois on peut sentir les choses.


Sa tête hocha verticalement. Plus le temps avançait, moins il sentait les choses. C'était affreux de le voir sombrer de jour en jour.

- Un jour j'aurai le droit d'aller dehors ?
- Oui, un jour Eliot.


Je lui déposa un baiser sur le front et partit rejoindre ma voiture. Je m'installa au volant. Je m'arrêta. Déposa ma tête sur le volant et retint mon souffle. On se dit qu'on y arrive mais après tout, non, on y arrive pas. On a beau vouloir les aider, mais rien n'y fait, on n'améliore juste leurs derniers instant sur cette putain de Terre. A croire que la vie choisie les plus faibles. A l'extérieur on me qualifie de femme forte, mais que savent-ils de moi ? Rien, strictement rien. je sais que ce travail me mènera au bout, quel qu'en soit le moyen. Me résigner mettra un point final à ma carrière, ce qu'en aucun cas je souhaite. Alors chaque matin, je me lève, j'endosse le fardeau de partir pour 5h du matin au service d'oncologie pédiatrique. Oui j'ai mal, oui un trou se fait de plus en plus grand en moi. Mais je ne sombrerais pas non, je suis là, pour eux.
Car après tout c'est aussi pour eux que je me lève chaque matin, c'est aussi pour eux que j'arrive à sourire. Je ne les lâcherai pas, jamais. Ils auront beau tomber, je les relèverai, du haut de mes vingtaines d'années.
J'arrivai chez moi après 20 minutes de voiture, j'habitai un petit appartement étudiant dans la banlieue de Hamburg. Mon stage avait commencé il y a 3 semaines. J'ai perdu 9 kilos.
Je me réchauffa une soupe aux 9 légumes et me cala douillettement devant la télé.
La nouvelle star, rien de mieux pour faire le vide. Car vous, vous rentrez chez vous, votre tête se vide. Mais quand on est rentré à bas, elle reste remplie de souvenirs, remplie de visages aussi angéliques qu'atroces.

Je chantai dans ma tête en entendant la chanson de Nolwenn Leroy, l'enfant cerf volant. Car Eliot c'était l'enfant cerf volant. Celui qui rêve de découvrir ce qu'est le temps. Celui qui rêve de découvrir la vie. Les larmes me montèrent aux yeux, je ne pu me retenir plus longtemps. Cette impuissance qui s'abat sur nous. Plus rien échappe à la mémoire, tout reste gravé.

Ma nuit met absolument nécessaire, il faut que je fasse disparaître mes cernes. Au début, c'est dur de trouver le sommeil, petit à petit Morphée s'offre à nous durant quelques heures. Vous vous attendiez peut être quà force, on s'habitue. Mais non, on ne s'habitue pas. Un nouveau visage arrive, chaque semaine on découvre quelqu'un d'autre, quelqu'un qui a pour seule volonté : vivre. Etre normal, cesser de suffoquer. Recevoir l'oxygène que tout le monde reçoit. Ils nous entendent, ils nous voient, ils nous touchent, ils nous sourissent, ils nous habitent, mais eux que ressentent ils ? Le néant. Ils attendent la fin ou le miracle. Entre nous, l'utopie serait peut être le meilleure à vivre, mais nous sommes des hommes et les hommes s'accrochent à la réalité.



Aujourd'hui c'est férié. 14 juillet 2010. Si vous croyez que je ne travaille pas quand c'est férié vous vous égarez. Il est 4h30 et je m'apprête à rentrer dans ma voiture. Pour la première fois depuis une semaine, je pense à prendre une photo de ma famille pour mon Eliot. Il n'arrête pas de me quémander une photo de ma mère et de ma s½ur. Pourquoi ? Peut être car les siens l'ont abandonné. Depuis son entrée, il n'a eu aucune visite de ses parents. On a beau les appeler, ils nient. Ils nient. Ça me tue.

Il est 8h00 et je viens de finir de distribuer les petits déjeuné. Dans ce service ils font un effort niveau aliments, afin de respecter les envies de chacun. Les enfants ont le droit de choisir leur menu pour chaque repas. Autant vous le dire de suite, midi c'est steak frite, le soir pizza. Seuls quelques uns, dont fait partis Eliot, demandent un repas différent chaque jours. Cela contribue à << la découverte du Monde entier >> me dise t il, les yeux remplient d'étoiles.

Je passe maintenant dans les chambres pour aider les plus touchés à se laver. Certains ne peuvent plus marcher, d'autre sont paralysés. Il faut donc s'occuper d'eux, et surtout ne pas oublier une chose : le sourire. Ici, le sourire représente la force et leur seule envie de vivre. Si tu n'as pas ce sourire, tu dégages, point barre.
Je m'avance vers la chambre 245, Coralie H. Elle est âgée de 5 ans, et a une tumeur au cerveau. Il ne lui reste que quelques jours à vivre. Ses membres ne répondent plus, ainsi que ses yeux. Ils se baladent à tout allure. Au début c'est choquant, on se demande si elle n'est pas en crise ou si elle est atteint de spasmes. Petit à petit, on s'habitue. Elle nous a demandé récemment de mettre des pansements autour de ses yeux, afin que l'on ne les voient pas. Elle a toujours été aveugle, mais dès qu'une nouvelle personne rentre dans la pièce, elle sent le choc que celle ci ressent en la voyant. C'est pourquoi cette requête a été acceptée. Pour vous dire, je n'ai encore jamais vue une requête être refusée. Sauf une. Mais je la garde encore au chaud quelques chapitres.

- Bonjour Coralie, comment ça va ce matin ?
- Julie ! Ça va !


A croire que dans le service où personne ne peut aller bien, tout le monde se porte au mieux.

-On va se doucher ?
- Oui oui.


Elle tournait sa tête exactement en direction de ma tête. Elle a beau ne m'avoir jamais vue, elle sait où je me trouve. Ma respiration, le bruit de mes pas, mon odeur, elle connait tout.

- Tu as toujours cette odeur de vanille, j'aime.
- Et toi, la fraise ne te quitte jamais !
- Non jamais !


Me dit elle le sourire jusqu'aux oreilles. Je la transporta jusque dans la salle de bain. Bien sûre tout un dispositif est mit en place pour nous faciliter la tâche. Je prends soin de la faire rire puis la rince. Elle aime beaucoup la douche et le petit canard que son frère, Baptiste, lui a offert. Elle ne le quitte jamais, il s'appelle Jack. Jack le petit canard jaune en plastique, mignon n'est ce pas ?!

- Hier, y'avait Baptiste !
- Oh, j'imagine que tu étais contente ?
- Oui beaucoup, mais il a changé, il n'a plus la même odeur.
- Ah comment ça ?
- Y'avait quelqu'un d'autre, j'connais pas.


Ce quelqu'un était sa fiancée, il n'a pas osé le lui dire, il pleurait silencieusement pour le simple fait qu'elle ne puisse pas le remarquer. Heureusement d'ailleurs.
C'est à 8h30 que je quitte sa chambre pour continuer ma tâche.



_________________________

En espérant que ce premier chapitre est à la hauteur de vos espérances.
Donnez nous votre avis.
75 commentaires, c'est possible :$ ?




# Posté le mardi 28 avril 2009 10:53

Modifié le mardi 28 avril 2009 19:12

Chapitre 2_______________________________<< Un jour, tout sera bien, voilà notre espérance. Tout est bien aujourd'hui, voilà l'illusion. >>Voltaire.

Chapitre 2_______________________________<< Un jour, tout sera bien, voilà notre espérance. Tout est bien aujourd'hui, voilà l'illusion.  >>Voltaire.
Julie - Eliot - Maman de Coralie - Collègue - Personnel - Mary





Ce ne fut qu'à la fin de la journée que j'ai pue réellement souffler. Et encore, pas complètement. Aujourd'hui a été assez éprouvant pour moi. De nouvelles têtes. Des visites. Encore et toujours. Des urgences. Plus ou moins grave. Disons que j'ai beaucoup couru. D'un étage à l'autre. Car notre service se tient sur deux niveaux. On ne s'en rend pas vraiment compte, mais beaucoup de victimes sont des enfants. Voyez par vous-même, en Allemagne, un enfant sur cinq-cents est touché. Et entre nous, c'est vraiment énorme, sachant que nous ne sommes environ que deux infirmières pour vingt enfants. Il manque de personnel. Surtout dans notre spécialité.

Durant toute la soirée, je n'ai fait que repenser à cette journée assez riche en émotions. Me dire que chaque jour je vois de nouveaux visages mais que, malheureusement, je ne reverrais pas, m'enfonce d'avantage le c½ur. J'ai beaucoup de peine pour tous ces parents qui voient leur enfant combattre la maladie mais qui savent pourtant qu'un jour ou l'autre, la mort aura raison d'eux. J'ai toujours voulu aider les gens, d'une manière ou d'une autre. Et chaque nuit, je pense toujours aux nombres de vies qui disparaissent.Et chaque matin, je pars poursuivre cette vocation. Aider les autres. Vouloir les maintenir en vie le plus longtemps possible.

Ce matin du 15 juillet, j'arrivais aux vestiaires à 4h49. Nous ne sommes que Deux. La troisième étant en congé maternité. Il nous reste à peu près 2o minutes avant de commencer. D'un commun accord, nous nous dirigeons vers la machine à café située non loin de l'accueil de notre service. 4h53. Nous nous asseyons, notre café à la main.

- Dis tu prends des vacances avant la rentrée ?
- Oui, la dernière semaine d'août, je voudrais profiter du soleil au moins une fois.
- Ça marche, il faudra s'organiser, j'aimerai en prendre aussi
- Oui t'inquiètes pas, dis tu trouves pas que Eliot s'accroche un peu trop ?
- Comment ça ?
- I l ne réclame que toi, Julie.
- Oh, beh je ne sais pas, c'est vrai que j'ai quelques liens d'affection avec lui.
- Oh, tu sais que ce n'est pas conseillé ..
- Oui je le sais, mais il y a des choses qu'on ne peut contrôler, je crois.
- Je comprends..
- Ce n'est pas ce que tu sembles penser ..
- Tu sais, je me suis attachée comme toi. Ça m'est arrivée une fois, avec une petite fille.
Elle est morte 3 semaines après. Je suis restée 3 semaines chez moi, cloitrée. Je n'avais plus la force de rien. Alors oui je te comprends mais .. Fais attention à toi, la douleur est béante, beaucoup plus que l'on ne le croît.
- Merci , j'y penserai..



Je souffle sur le liquide noir qui remplit mon verre. 4h59. Il faut que je passe voir Eliot aussi. Je souris en repensant à lui. D'un rictus assez triste. Je ne pourrais plus lui rendre visite aussi fréquemment lorsqu'il sera enfermé dans cette cellule d'isolement. Mais c'est pour son bien. Ça fait mal au c½ur, mais nous devons continuer. 5h05. Une sonnerie se fait entendre. L'alarme d'urgence. Je regarde avec affolement l'hôtesse. Elle m'indique la chambre 245. Je tourne la tête vers ma collègue et nous nous y dirigeons avec précipitation. Lorsque nous entrons dans la pièce, la panique me prit mais je me ressaisis quasi-immédiatement.

- Madame, sortez de la chambre !!
- SORTEZ ! M'exclamais je sur un ton plus sec


Sa mère criait de douleur face à la scène qui s'offrait à elle. Elle nous regardait à travers la fenêtre.
Coralie convulsait. J'hurlais des ordres. Appelais un médecin. Essayant de maintenir la petite. Je vis un liquide blanchâtre couler de sa bouche. Le docteur arriva quelques secondes plus tard. Il brancha plusieurs appareils et fit une intubation. L'agitation se faisait ressentir. Tous, plus ou moins affolés. 5h08. Le c½ur de la petite battait à plein, beaucoup trop même. Je me mords la lèvre inférieure. J'avais toujours peur. Puis sans s'y attendre, plus rien. Le médecin souffla. Un bip incessant recouvrait le silence de la pièce. Je baisse mes yeux et lâcha le corps, laissant pendre mes bras le long de mon corps. Je tremblais. C'était toujours dur. Je relevai la tête vers le praticien.

- Heure du décès, 5h09. Dit-il.

C'était fini. Petit à petit, nous sortons tous de la chambre. Évidemment, c'est aux infirmières de se charger du « sale boulot ». C'est toujours éprouvant d'annoncer aux parents la mort de leur enfant. Savoir surmonter ça, fait aussi partie de notre travail.
Je m'avance d'un pas lent vers la mère de Coralie, elle a compris bien sûre.
Ses mains sont recroquevillées vers sa bouche, elle ne dit rien. Les larmes coulent de ses yeux, enflammés. Elle est en plein détresse, désarmée. Le bijou qui allumait sa vie n'est plus de ce monde.

- Nous sommes désolé ...
- Dites le moi, s'il vous plait, DITES LE.
- Coralie est décédée. Nous sommes désolé.


Elle fond en larme face à ces paroles. Je m'efforce de la prendre au creux de mes bras. Elle tremble. Ses yeux sont éteints, comme vidé de tout âmes, les larmes ne cessent de couler. Ses lèvres tremblent et virent au bleu, elle veut me dire quelque chose, mais aucun son ne sort. Sa gorge est sèche, le néant se remplit d'elle. Elle ferme les yeux de douleur, contracte ses poignées de toute la force qu'il lui reste. C'est à dire pas grand chose, non, il ne lui reste pas grand chose. Je la serre un peu plus fort, pour lui montrer qu'elle n'est pas seule non, nous sommes là aussi pour eux, les parents. Car après tout, il font partis du lot. Ses yeux se rouvrent, obnubilée par sa fille. Elle s'avance vers la porte de sa chambre. Elle me regarde, me suppliant avec son regard de rentrer. Je lui fis un oui de la tête et la suit, quelques pas nous sépare. Je reste dans l'encadrement de la porte.
Elle ne dit plus rien face à la scène qu'elle découvre. Coralie morte devant elle. Son regard est vide, son sourire s'est éteint, ses questions ne se font plus entendre. Ses bras sont allongés le long de son corps. Nous avions pris soin de placer son petit canard jaune en plastique près d'elle, sous demande de Coralie.
Sa mère hésite devant le lit, elle serre les barreaux de celui ci autant qu'elle le peut, ses mains virant au rouge. Elle se contient, ferme les yeux et avale sèchement sa salive. Elle ne respire plus. Son teint est blanchâtre, elle est prête à s'effondrer d'une minute à l'autre. mais on le sait qu'elle va tenir, c'est une Maman. Et une Maman est forte, n'est-ce pas ?
Elle s'approche et lui prend délicatement sa petite main, digne d'une enfant de 5 ans. Elle l'a regarde longuement, cherchant à comprendre pourquoi, pourquoi Coralie, pourquoi elle. Elle approche la main de sa fille vers son visage, ferme les yeux. Elle se caresse tendrement le visage avec une main de poupée. Les larmes coulent toujours. Elle essaye, mais n'y arrive pas. Au bout de quelques secondes elle se décide enfin.

- Je suis désolée, je suis désolée Coralie. Je .. Je t'aime mon ange.

Elle craque, prise d'effet de panique. Ses cris retentissent à travers la pièce. Elle s'accroche fermement à sa fille, lui empoignant le bras. Elle ne veut céder à l'idée que sa fille soit morte.
Je m'approche d'elle, et lui demande de partir.

- Il faut partir madame, laissez là s'envoler.
- Non, non, non je ne la lâcherai PAS.
- Je vous laisse encore quelques minutes, je reviendrai.


Je pars, accablée par cette scène. Je ferme les yeux un instant et chasse tout mauvais esprits hors de moi. Je serre les poings et m'avance vers la salle de repos. Un café, oui un café, tout de suite.
Je lance la machine à café et me vautre dans le fauteuil. Je ferme les yeux passant mes mains sur mon visage. Ma peau s'étire et je redouble de frisson à travers le dos. Je déteste les moments comme celui là.
Je prends mon café et l'avale d'une traite, ici pas le temps de s'accabler. On bouge, on stresse, on voit des gens mourir, on s'active, on pleur et surtout on boit du café.
Sans caféine, tu vas pas loin. Les premiers jours tu vas jusqu'aux toilettes, vomir ce que t'as encaissé. Petit à petit, tes aller retour aux chiottes se font plus discret et beaucoup moins fréquents. Je suis au stade je garde tout au fond de moi. En gros le pire, enfin il paraît.


14h00.


Je me dirige vers la chambre d'Eliot avant de prendre ma pause. Nous avons une heure de pause, pour manger et nous reposer le temps de reprendre quelques forces. Aujourd'hui il redouble de sourire face à ma vue. Ses yeux pétillent. Je remarque presque instinctivement qu'il a logé mes photos sur sa table de chevet de manière à les avoir à côté de lui. Il me sourit et retourne à la contemplation de l'extérieur.

- Aujourd'hui, on va dehors, prends ta veste.

Je ne peux plus résister, je lui devait bien ça. Il avait interdiction de sortir jusqu'à sa mort. Depuis quand on prive les dernières volonté d'un gamin ? Dans exactement 9 jours, il est en cellule d'isolement, je veux et j'irais, un point c'est tout.

- C'est vrai ?
- Dépêche toi avant que je ne change d'avis.


Il pris sa veste et l'enfila, tel un enfant émerveillé. Je pris le fauteuil roulant qui trainait dans le couloir et installa Eliot à l'intérieur. Je pris la couverture de son lit et lui déposa sur ses genou. Il ne disait plus rien. A travers ses pensées je le voyait sourire, je le voyais heureux. Oui il était heureux mon petit Eliot, grâce à moi.

- Parc, jardin, cour ?
- Parc et jardin.
- En plus Monsieur est exigeant !
- Exigeant ?
- Que tu demandes plus que ce que tu devrais avoir.
- Oh zut, je suis désolé.
- C'est okay.


Nous traversons le couloir du service et arrive à l'ascenseur. Je pris soin de prendre celui réservé aux visiteurs, pour ne pas éveiller de soupçons. Les portes s'ouvrent et nous descendîmes au niveau 0. Le grand hall est silencieux, peu de monde y est logé. Les portes coulissantes s'ouvrent. Les yeux d'Eliot se remplissent.
Il prend une grande bouffée d'air, comme s'il venait de naitre. Une seule larme coule, de son ½il gauche. Il sourit, d'un sourire .. magique.
Il me pose mille et une* questions sur les fleurs, les arbres, les oiseaux aussi, autant vous le dire tout de suite. J'invente. J'invente à chacune de mes paroles une histoire, pour son plus grand bonheur.

- Attend. m'interpella-t-il.

Je m'arrête. Nous étions entrain de contempler les arbustes lorsqu'il se mit à fixer une personne. Une petite fille était assise sur l'un des bancs du parc. Je souris. Il me demande si on pouvait la rejoindre. Si cela lui fait plaisir. Je fis rouler le fauteuil jusqu'à la petite. Cette dernière releva la tête lorsque nos ombres lui cachèrent la majeure partie de son visage.

- E... Eliot ?
- Mary ! dit-il le sourire au visage. Ça fait longtemps que je t'ai pas vu.
- Je sais. Maman elle veut moins que je viens ici.


Sa moue était craquante. Ça ce voyait qu'elle avait de la peine de ne plus venir aussi régulièrement qu'avant. Voir son frère, qui plus est, jumeaux, était vitale pour elle. Mais celui-ci était au stade final de son cancer des poumons, il est O négatif. C'est à dire, très rare. C'est pourquoi la mère de Mary espace les visites, afin que celle ci << s'habitue >> à l'absence de son frère. Mais ce lien est beaucoup trop fort. Rien ne pourrait les séparer... à par la mort.

- Eliot, mon chéri, il faudrait que l'on remonte.

Le petit acquiesça d'un hochement de tête. Il proposa à son amie de monter avec nous. Bien entendu j'acceptai. Après tout, une compagnie telle que la leur ne pourrait en aucun cas leur faire du mal. Tout en remontant, Mary nous racontait un peu sa vie. Les problèmes qu'elle ne rencontrait et ne rencontrera jamais. La vie d'un enfant non atteint d'une maladie est totalement différente de celle d'un enfant atteint. Pas de médicaments. Pas de chambres spéciales. Rien de tout ça. Ça ne veux pas forcément dire que l'un est plus heureux que l'autre, non, mais ce n'est tout simplement pas le même mode de vie.
Arrivé dans la chambre d'Eliot, je le prend dans mes bras et le fit asseoir sur son lit. Cette petite balade dehors lui a été bénéfique. Cela lui a vraiment revigoré l'esprit !

- Dis Mary, comment c'est beau dehors de l'hôpital ? Demanda le petit ange.
- Bah c'est tout plein de bruits. Y'a des oiseaux, des fleurs, des voitures.




____________


Une infirmière pour 1o enfants.

En Allemagne , entre 1980 et 2003, 37 enfants de moins de cinq ans vivant dans le voisinage des réacteurs ont été atteints de leucémie ; dans les régions éloignées, la moyenne statistique est de 17 cas. Les auteurs de l'étude en concluent que 20 enfants supplémentaires ont été atteints en l'espace de 23 ans, parce qu'ils vivaient près des centrales nucléaires.

Tumeurs du système nerveux central : Ces tumeurs, qui touchent le cerveau et la moelle épinière, sont la deuxième forme de cancer la plus courante dans les pays développés. Elles sont moins diagnostiquées dans les pays en développement, faute de techniques avancées.



____________


Et voilà le deuxième chapitre.
Vos impressions ? Moments favoris ?
Dites nous tout ..
80 commentaires pour la suite seront suffisant :D






Amicalement Lilou&Liloo.

# Posté le mercredi 29 avril 2009 15:20

Modifié le vendredi 01 mai 2009 17:22

Chapitre 3_______________________________<< A l'école, j'ai appris le passé simple ; Mais j'ai bien peur que les enfants d'aujourd'hui doivent assimiler le futur compliqué. >>Lesio.

Chapitre 3_______________________________<< A l'école, j'ai appris le passé simple ; Mais j'ai bien peur que les enfants d'aujourd'hui doivent assimiler le futur compliqué.  >>Lesio.
Julie - Personnel - Maman



Il est enfin 20h15. L'heure où je quitte mon service, et l'heure où les infirmières de garde arrivent. Je viens juste de passer dans la chambre d'Eliot pour lui dire au revoir. Plus je le vois, et plus j'ai du mal à me dire que dans quelques temps plus rien ne sera pareil. Plus de visites aussi fréquentes, plus de questions aussi soudaines... plus rien. Juste une espèce de cellule, où tout est contrôlé, pour le bien du patient. Pas de microbes, juste une vie. La fin d'une vie. Je soupire. La tête baissée je m'apprête à sortir du bâtiment.

- Julie ?

Je me retourne, apercevant la chef de service.

- Oui ? répondis-je.
- Je voulais t'avertir qu'Eliot rentre en chambre d'isolement dans 3 jours. Nous savons que tu es la seule personne en qui il fait réellement confiance, c'est donc pour cela, en accord commun, que nous avons décidé qu'il serait préférable que se soit toi qui face le transfert. Dans 3 jours, Julie, n'oublie pas. Bonne soirée.
- A vous aussi
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Bonne soirée... Qu'est-ce une bonne soirée depuis que je suis entrée dans ce service ? Se rappeler tous ces visages éphémères, se dire que chaque jour qui passe est une nouvelle épreuve pour ces petits anges, les voir souffrir mais toujours le sourire collé au lèvre représente une force beaucoup plus grande que ce qu'on ne pouvait imaginer. Les mains tremblantes, essayant de me contrôler, j'ouvre tant bien que mal la portière de ma voiture. Trois gouttes viennent s'écraser sur le par-brise, précédent un déluge. Autant dire que le temps qui est apparu est la métaphore parfaite de mon être. J'aimerais tellement ne pas craquer, mais en ce qui concerne Eliot, je ne peux m'en empêcher. Ce n'est qu'à ce moment que je me rend compte que le lien qui m'unit à ce bout de chou est vraiment très puissant et beaucoup plus destructeur qu'il n'y paraît.

Un bol de soupe à la main, calée dans mon canapé, je scrute le programme télé de façon à voir quelque chose qui serait sujet à m'intéresser. Un reportage sur les enfants cancéreux, une émission débile présentant les gags de l'année, un film policier, une série idiote. Rien de bien captivant ce soir. Je fini mon bol, le met dans l'évier -vraiment pas envie de faire vaisselle- puis m'engage dans ma chambre. Il n'est qu'à peine 21h10 mais je me sens tombée de fatigue. Le fait d'avoir pleuré tout à l'heure rend mes paupières beaucoup plus lourdes qu'à l'habitude. Je me change rapidement, m'enfouis sous les draps et commence à partir dans le pays des songes, lorsque je me souviens d'avoir omit quelque chose. Ma tête est totalement brouillée que j'ai un réel mal à me souvenir de ce que ça pourrait être. Vous savez, c'est vraiment frustrant de savoir qu'on est conscient d'avoir oublié quelque chose mais qu'on ne sait plus quoi. Mes mains tremblent presque, j'ai la sainte impression que c'était quelque chose d'urgent. Mais le simple fait d'avoir une si intense migraine m'empêche littéralement de réfléchir. Bordel mais j'ai l'Alzheimer précoce ou quoi ?

- MAMAN !

Mais pourquoi n'y ai-je pas pensé plus tôt. Je rigole à moitié -surement nerveux- sors de mes draps et cours presque jusqu'au téléphone. Je cherche dans ma mémoire le numéro de téléphone de ma mère, puis le compose. 3 bips se font entendre puis une voix me parvient à mon oreille :

- Allô ?
- Maman ? c'est Julie !
- Ma chérie. Tu vas bien ? Comment est-ce dans ton établissement ? Les enfants sont mignons avec toi ? Tu t'entends bien avec tes collègues ? Dis moi, tu as un copain ? Et puis...
- Maman, je vais bien merci. L'hôpital est génial. Les enfants sont tous tellement sympathique. Je m'entends bien avec mes collègues. Non je n'ai pas de copain. Je téléphonais pour te souhaiter un bon anniversaire. Excuse moi, vraiment, de ne pas te l'avoir fêté avant mais...
- Tu es très occupée, j'en suis consciente, ne t'inquiète pas. Sinon, Hamburg est comme tu le souhaites ? Tu sors beaucoup ? Et est-ce que...
- Hamburg est une ville extraordinaire. Non je ne sors pas vraiment le soir. Tu sais quand je rentre, j'ai juste envie de dormir et...
- Et tu as fais un effort pour me téléphoner. Merci beaucoup mon ange. Franchement, un simple sms m'aurait suffit et...
- Téléphoner est beaucoup plus aimable. Un sms c'est vite fait, j'aime pas vraiment ça fait plus...
- Tu reviens quand à la maison ? Ton frère te réclame, tu sais, et...
- Quand j'aurais le temps. En ce moment ce n'est pas vraiment une partie de plaisir. Les cancers sont beaucoup plus développé en ce moment, à cause de tous ces rayons UV. Tu savais qu'il ne fallait exposé trop longtemps un enfant à ces rayons ? Tout simplement parce que ça contribue au développement des cellules cancéreuses et donc, s'il te plaît, protège bien...
- Oui, je sais, de toute façon ton frère ne s'expose pas vraiment au soleil.
- Passe lui le bonsoir, s'il te plaît. Je vais devoir te laisser, parce que la fatigue a vraiment prit le dessus sur moi, et je risque de m'écrouler d'ici une minute, je crois que...
- Bien sûr ma puce. Je te souhaite une bonne nuit. Je dirais à ton frère que tu as téléphoné, ne t'inquiète pas. Rappelle nous quand tu veux. Gros bisous.
- Gros bisous maman.


Je raccroche. Le sourire toujours collé aux lèvres. C'est toujours un plaisir de communiquer avec elle. Disons qu'elle est, en quelque sorte, ma source de bonheur. Nous avons, aussi, très tendance à se couper la parole. Ça peut gêner certaines personnes, mais nous faisons toujours cela quand nous ne nous sommes pas parler, ou vu depuis très longtemps. Mon frère, qui a 6 ans de moins que moi m'est très chère. Je ne saurais expliquer ce lien qui nous unit, mais il est vraiment fort. Peut-être, sans doute, à cause du départ de notre père il y a de cela plus de 10 ans. Je ne dis pas que nous avons été malheureux, non, loin de là, mais il y a eu un certain manque. Ce que nous avons essayé de combler par notre force intérieure. C'est aussi pour ça, que nous sommes très reconnaissant envers notre mère et qu'elle nous est précieuse. Elle a tellement fait pour nous, essayant de nous combler au maximum. C'est grâce à elle si, aujourd'hui, je représente ce que je suis, et si je peux exercer ce métier. Je me sens légère, j'ai l'impression de voler et non pas de me traîner jusqu'à mon lit. Il ne me fallut pourtant qu'à peine 2 secondes après que je me sois installée dans mes couvertures pour m'endormir. Morphée m'accueillit à bras ouvert, et le marchant de sable força vraiment sur les petits grains. Le sommeil m'emporta dans ce monde lointain, où très peu de chose peut m'atteindre.



Aujourd'hui nous sommes samedi. Pour une raison qui m'est encore inconnu, c'est mon jour de congé. Je ne comprends pas pourquoi. Ils nous répètent que nous somme en pénurie d'infirmière, donc en manque de personnel, mais ils nous mettent tout de même des jours de congés. C'est certain, je ne vais pas m'en plaindre, mais tout de même. Je pourrais en profiter pour aller faire les magasins, après tout, qu'est-ce qui m'en empêche ? Le temps est parfait, malgré que le sol soit encore humide, dû à l'averse d'hier. Je ne sais pas, il est vrai que mon argent me sert à payer mon loyer, mais un petit écart de temps en temps ne peut faire aucun mal, et au pire, je demanderais à ma mère. Non, depuis que je suis ici, j'ai réussi à me débrouiller seule, je ne vais pas lui réclamer quoi que ce soit. Je ferais attention, et puis il faut vraiment que je renouvelle ma garde robe. Aucun doute, depuis que je vis à Hamburg, je crois que j'ai seulement fais 2 ou 3 fois quelques maigres emplettes.
Habillée d'un simple jean cigarette et d'une chemise blanche, j'arpente les rues, munit de mon sac bandoulière. Avant de commencer ce métier, j'étais très rêveuse. Pouvoir m'imaginer tel ou tel scénario, m'échapper lorsqu'une chanson me parvenait aux oreilles, souriant lorsque la neige tombait, ou tout simplement rêver de voler dans les étoiles. Mais tout ça était dorénavant loin. Je suis à présent beaucoup plus terre à terre. Comment voulez-vous rêver alors que vous savez pertinemment que ces petits anges, eux, comptent presque leurs jours ? Impossible. Irréaliste. Nous ne pouvons pas, plus rêver. Ce métier m'a vraiment ouvert les yeux. A l'extérieur, on ne voit pas qu'il y a autant de victimes. On croit seulement ce que les médias nous disent. Nous ne cherchons pas plus loin. Et parfois, nous avons raison. Ce qui se cache à l'intérieur peut être horrible. Penser qu'il y a autant d'âmes malades nous prend jusqu'au coup. Nous sommes comme abasourdie. Tellement d'enfants qui n'ont rien demandés mais qui, pourtant, restent cloîtrés au lit... C'est en même temps désolant et impressionnant. On ne dirait pas, mais ils ont un sacré caractère. De toute façon, soit c'est ça, soit ils ne peuvent pas aller à terme. Le soutient des parents y fait beaucoup aussi. Eliot n'a pas vraiment eu cette chance là. Les siens ne donnent plus de nouvelle, mais malgré tout, je crois que c'est l'un des plus fort en matière de moral. Il a vraiment un fort caractère. Jamais je n'avais vu un gamin aussi téméraire et déterminé. Il veut se battre, aller au bout de cette maladie qui l'assassine de jour en jour. Mon Eliot est vraiment quelqu'un de magnifique. Comme un ange tombé du ciel...
En parlant d'ange qui tombe, mon salaire ne va pas tarder à arriver. J'en ai vraiment besoin pour continuer à payer mes revenus afin d'être toujours présente pour les petits de l'hôpital. Je soupire en regardant dans une vitrine une somptueuse robe. Le prix ? Beaucoup trop cher pour moi. Je secoue la tête pour me chasser cette image et continue ma route tout en pensant aux gens qui ont les moyens de s'acheter des vêtements à prix aussi élevés. Ils ont peut être de la chance mais à force, je pense qu'ils perdent vraiment la notion de l'argent. Disons qu'un truc à 1ooo euros pour eux équivaudrait à 1euros pour nous. Oui, effectivement, nous n'avons vraiment pas la même conception du mot "argent".


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Et voilà un peu plus sur le caractère de Julie et de nouveaux éléments sur sa vie.
Vos émotions ?




Amicalement Lilou.

# Posté le vendredi 08 mai 2009 10:52

Modifié le mardi 25 août 2009 22:17